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D'où viennent les données Litto3D, et comment on mesure le fond depuis un avion

Un laser vert tiré depuis un avion, qui traverse l'eau et revient. Comment le SHOM et l'IGN ont cartographié le littoral au mètre près, et pourquoi certaines zones manquent.

Le relief que vous voyez à l'écran n'est pas une estimation ni une interpolation. Ce sont des mesures réelles, prises une par une, à raison de plusieurs points par mètre carré. Voici comment.

Un laser qui traverse l'eau

La méthode s'appelle le LIDAR bathymétrique aéroporté. Un avion survole la côte en bandes parallèles et tire un laser vers le sol à très haute cadence. En mesurant le temps que met la lumière à revenir, on en déduit la distance, donc l'altitude du point touché.

La subtilité tient à la couleur du faisceau. Un laser infrarouge se réfléchit sur la surface de l'eau : il donne le niveau de la mer à l'instant du survol. Un laser vert, lui, traverse la tranche d'eau et va toucher le fond avant de remonter.

En combinant les deux retours, on obtient à la fois la surface et le fond — donc la profondeur, et la forme du terrain sous l'eau.

Litto3D : le programme français

Litto3D est le programme conjoint du SHOM et de l'IGN qui applique cette méthode au littoral français. Son principe est de produire un modèle continu, sans rupture au niveau du trait de côte : la terre et le fond marin dans le même jeu de données, avec la même référence.

C'est précisément ce qui permet d'afficher une plage, une cale de mise à l'eau et le platier qui la prolonge comme un seul relief.

Les fichiers portent leur description dans leur nom :

LITTO3D_FRA_0265_6857_MNT1M_20231011_LAMB93_RGF93_IGN69.asc
  • MNT1M : modèle numérique de terrain, une valeur d'altitude par mètre ;
  • 20231011 : la date du jeu de données ;
  • LAMB93 / RGF93 : le système de coordonnées horizontales français ;
  • IGN69 : la référence verticale, celle des altitudes terrestres.

Ce dernier point explique pourquoi les profondeurs affichées ne correspondent pas directement à celles d'une carte marine — c'est tout le sujet du zéro hydrographique.

Pourquoi certaines zones manquent

Le laser vert a une limite physique : il a besoin que l'eau soit claire. Sa portée dépend directement de la turbidité. Dans une eau limpide, il peut descendre à plusieurs dizaines de mètres ; dans une eau chargée en sédiments, il s'éteint au bout de quelques mètres.

Cela crée des trous de couverture assez logiques :

  • les embouchures et estuaires, où l'eau est chargée en permanence ;
  • les zones à fort brassage, où le sable reste en suspension ;
  • les secteurs simplement jamais survolés dans de bonnes conditions.

C'est aussi pour cette raison que la couverture s'arrête à une certaine distance de la côte. Au-delà, on bascule sur d'autres techniques — le sondeur multifaisceaux embarqué sur un navire — avec une résolution bien plus grossière.

Ce que ça implique quand vous préparez une sortie

Deux conséquences pratiques.

La donnée a une date. Le fond que vous regardez est celui du jour du survol. Sur de la roche, ça ne bouge pas. Sur du sable, les bancs se déplacent : un banc levé en 2023 n'est pas forcément au même endroit aujourd'hui.

L'absence de donnée n'est pas une absence de fond. Une zone vide sur la carte ne veut pas dire qu'il n'y a rien : elle veut dire que le laser n'est pas passé, ou que l'eau était trop trouble ce jour-là.

En résumé

Ce que vous manipulez, ce sont des relevés officiels du SHOM et de l'IGN, à un mètre de résolution, obtenus par un laser tiré depuis un avion. C'est une donnée d'une précision remarquable pour un usage grand public — à condition de se rappeler qu'elle a une date, une emprise, et des limites héritées de la technique qui l'a produite.

Rappel : Marine Studio 3D est un outil de préparation. Il ne remplace pas les cartes marines officielles du SHOM ni les instruments de navigation réglementaires.

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